La revue Aider accompagne les aidants et les bénévoles dans leur expérience

Elle propose :
– Des conseils psy pour être serein dans sa relation à l’autre
– Des reportages pour découvrir des aidants
– Des dossiers psycho pour mieux comprendre l’autre
– Des infos pratiques pour être plus efficace
– Des loisirs créatifs et du développement personnel pour prendre soin de soi

Découvrez un extrait de l’un des articles du n°2 de la revue Aider

« Ca pue ici ! »

Comment gérer l’intrusion d’une auxiliaire de vie dans son intimité ? Comment faire son travail d’auxiliaire de vie dans un espace privé ? Analyse d’une situation quotidienne côté aidé et côté aidant. Coté Aidé

SCÈNE DE LA VIE QUOTIDIENNE

A à la suite d’un accident avec traumatisme crânien, Laurence, 35 ans, souffre de troubles divers – céphalées, troubles de la vigilance, du sommeil, de la parole, sans oublier des troubles sensoriels, de l’audition et de l’odorat. De plus, malgré son relatif rétablissement physique, son équilibre psychoaffectif n’est pas stabilisé ; elle connaît de brusques changements d’humeur, des phases imprévisibles de colère, ce qui complique ses relations amicales. En congé prolongé depuis plusieurs mois, cette professeure de français qui vit seule n’a pas retrouvé sa vie d’avant son accident. Elle qui était coquette et menait une vie sociale et culturelle dense reste enfermée chez elle, en jogging le plus souvent, avec ses nouveaux amis, deux chats qui lui ont été offerts. Sa mère, qui habite dans un autre département, passe régulièrement quelques jours chez elle. Chaque matin, une auxiliaire de vie, Sophie, débarque pour l’aider à faire sa toilette et lancer sa journée.

Aujourd’hui, Laurence s’est réveillée tôt. Elle a fait une toilette très légère et s’est habillée avec les vêtements qu’elle portait la veille. Elle s’est installée devant la télévision, car elle veut voir une émission qui l’intéresse. Ses deux chats dorment en boule sur ses genoux et elle les câline tout en regardant l’écran. À 8h30, Sophie entre dans l’appartement. Comme elle a les clés, elle a ouvert la porte sans sonner. Depuis le vestibule, elle crie : « Bonjour ! » Sans avoir vérifié s’il y avait quelqu’un dans le salon, elle y pénètre en s’exclamant : « Ça pue ici, c’est encore les chats ! » Absorbée par son émission, Laurence ne répond pas. Sa mère surgit alors dans le séjour, sa tasse de café à la main. L’auxiliaire lui adresse un salut tout en se dirigeant vers la fenêtre qu’elle ouvre en répétant : « Qu’est-ce que ça pue, les chats ! » Elle va éteindre la télévision, déloge les chats des genoux de leur maîtresse d’un revers de la main et empoigne Laurence par le bras :
– Venez, on va se laver.
– Pas la peine, je me suis lavée ce matin.
L’auxiliaire insiste.
– Fermez la fenêtre, il fait froid, remarque la jeune femme.
– Non, ça pue encore, je fermerai après.
Et l’auxiliaire de vie d’entraîner Laurence jusqu’à la salle de bain.

La mère de la jeune femme, qui a été le témoin de cette scène, en est bouleversée. D’autant plus qu’elle craint que sa fille soit perturbée par ce qui vient de se passer et fasse ce qu’elle nomme « une crise » ( pleurs, énervement, agitation ). C’est en effet une réaction possible lorsqu’elle est dérangée dans son organisation du moment. Doit-elle intervenir ? Et que dire ? Elle préfère attendre d’être moins émue pour parler à l’auxiliaire de vie.

DÉCRYPTAGE

Pour rester en vie, l’être humain a besoin de respirer, de manger, de boire et de dormir. Cependant, ce n’est pas suffisant : il a aussi besoin de contacts, d’échanges avec les autres à travers le langage, le partage d’émotions et les sensations physiques, le toucher notamment. Il est donc particulièrement important pour cette jeune femme sensible, vite débordée par ses émotions, positives aussi bien que négatives, d’être accompagnée par des paroles. Elle a besoin d’aide pour accomplir des gestes du quotidien, c’est vrai. Mais elle a aussi besoin d’être accompagnée tout au long de sa journée, qui lui paraît longue et peu agréable du fait de ses troubles. La présence régulière de sa mère représente d’ailleurs un réconfort. Celle de ses chats, souvent sur ses genoux, aussi. Or, avec cette auxiliaire de vie toujours un peu revêche, elle a l’impression d’être une chose et pas tout à fait une personne.

Laurence avait très envie de regarder son émission à la télévision : pourquoi l’auxiliaire s’est-elle permise de l’éteindre sans lui demander si elle était d’accord ? Et puis les chats, ça la rassure quand ils sont sur ses genoux : qu’est-ce que ça peut lui faire, à Sophie ? Dans ce qui s’est passé ce matin, pas de mots échangés, juste les paroles peu amènes de l’auxiliaire de vie. Laurence n’a même pas pu lui dire qu’elle voulait attendre la fin de l’émission pour aller prendre sa douche.

Coté Aidant

SCÈNE DE LA VIE QUOTIDIENNE

Sophie, 30 ans, auxiliaire de vie, vient depuis plusieurs mois chaque jour chez Laurence. Cette jeune femme a une autonomie réduite depuis un accident qui a provoqué un traumatisme crânien. Sophie doit l’aider à la toilette, veiller à son hygiène vestimentaire. Elle s’occupe aussi de tenir l’appartement propre et de préparer les repas. Elle déjeune avec elle, puis s’en va après avoir tout rangé dans la cuisine. De plus, elle essaie de faire la conversation.

Laurence est lente, incertaine dans ses choix. C’est très énervant car elle ne sait jamais ce qu’elle veut, pour sortir, pour manger. En plus, il lui arrive de refuser la toilette. C’est pourtant le travail principal de Sophie, « l’hygiène de la personne et des locaux dans lesquels vit celle-ci ». C’est le contrat qu’elle a passé avec la mère de Laurence. Elle bouscule un peu la jeune femme, mais comment faire autrement face à une personne si souvent hésitante ? Sophie est agacée par tout ce temps passé à discuter de tout pour que les choses soient faites. Elle aimerait pouvoir travailler avec efficacité, dans l’ordre qu’elle a décidé : la toilette, le petit déjeuner, le ménage, les courses et enfin la préparation des repas pour le midi et le soir. Pour elle, cette organisation est logique, il n’est donc pas question de la modifier. Et surtout, assurer l’hygiène lui semble un élément fondamental de sa présence auprès de Laurence. Alors, évidemment, celle-ci râle de temps en temps, beaucoup même, mais bon, c’est comme ça…

DÉCRYPTAGE

Pour apporter de l’aide à une personne fragilisée, l’aidant, qu’il soit familial ou professionnel, fait avec son éthique et ses propres valeurs. Résultat : cette prise en charge est chargée de son inconscient. L’agacement que ressent Sophie face aux hésitations et aux oppositions de Laurence s’explique par l’aspect « normal » de la jeune femme, qui souffre pourtant de troubles importants. Elles sont toutes les deux si proches en âge, et pourtant l’une est bien malade, mais cela ne se voit pas d’emblée. Où se situe la frontière entre la malade et la pas-malade ? Cette interrogation est au centre des relations que l’auxiliaire de vie tisse avec cette personne dépendante dont elle s’occupe.

Cette question met d’ailleurs Sophie mal à l’aise. Elle s’en veut parfois de bousculer Laurence et pourtant elle ne sait pas comment faire devant toutes ses hésitations, « tout ce temps perdu à ne rien faire ». Elle même se sent lasse parfois, voire épuisée de devoir insuffler de la vitalité à Laurence.

Les bonnes pratiques pour gérer cette situation quotidienne sont à découvrir dans la revue.

 

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